Publié dans Compréhension, Langage, Langage oral, Lexique - vocabulaire

« Est-ce que c’est une glace ou une pomme? »

Lorsqu’on commence à poser des questions à un enfant, on utilise souvent cette formulation : « est-ce que c’est un …. ou un ….?
Cette dernière va venir compléter les autres « quoi, qui, lequel, …? » petit à petit jusqu’à ce que l’apprenant puisse répondre à tous les types de questions possibles.

Mais attention, comme pour la plupart des compétences verbales, si vous ne travaillez pas cet objectif, l’enfant risque de ne pas du tout comprendre ce qui est attendu.
Souvent les enfants répondent en répétant toute la phrase ou en ne répétant que la dernière proposition.

En effet, avec ce type de question qui pourtant nous parait simple, l’enfant doit 1) identifier que c’est une question, 2) il doit bien écouter les termes, 3) il doit mémoriser pour ensuite 4) choisir, et 5) verbaliser le bonne proposition parmi les 2 (voire plus) propositions que vous venez d’énoncer, et le tout mentalement !!!

Quand on décortique toutes les opérations, pas étonnant que les enfants soient en peine ! 😉

L’intérêt de savoir répondre à ce type de question

Personnellement, j’aime beaucoup ces questions-là car une fois qu’elles sont comprises, elles permettent à l’enfant d’acquérir de nouveaux répertoires naturellement, sans qu’il n’en prenne conscience et sans impression d’échec lié au fait de ne pas savoir.

Pour exemple, si on demande « est-ce qu’il a un t-shirt? » cette question ne permet pas d’apprendre comment on appelle l’état de ne pas avoir d’habit sur la partie supérieure du corps.
On sera obligé de guider : l’enfant répondra, au mieux : « non il n’a pas de t-shirt  » mais ne pourra pas continuer à compléter sa réponse avec le fait qu’il soit torse-nu à moins d’avoir quelqu’un qui lui donne la guidance échoïque et que l’enfant répète.

En revanche, si ma question est tournée ainsi : « est-ce qu’il est torse-nu ou est-ce qu’il a un t-shirt? »
Alors que mon élève ne connait pas « torse-nu », le fait de poser cette question lui permet d’apprendre cette expression sans impression d’échec. Il peut alors reprendre le bout de phrase qui l’intéresse pour répondre et formuler une réponse correcte, à moindre cout, sans sensation d’avoir été guidé.

Remarques

Dans les questions à choix multiples, il s’agit d’une discrimination conditionnelle verbale, avec des propriétés d’intraverbal et de tact (ce qu’on appelle un comportement sous contrôle multiple).

À ma connaissance, il n’existe pas de jalon spécifique qui évalue précisément ces questions à choix forcé dans le vbmapp ni dans l’ABLLSr.
Le seul jalon s’approchant de cela est en intraverbal, au niveau 3 et est dans l’analyse de tache, le J12-B où il est mention de « est-ce qu’un poisson vit dans l’eau ou dans les arbres? ». Il s’agit d’un intraverbal pur qui en plus porte sur des connaissances de milieu de vie (donc des FCC élargies). Ce jalon est donc extrêmement complexe et il demandera à être façonné petit à petit.

Donc, afin de travailler les J12B en intraverbal pur, il faudra passer par beaucoup de questions à choix multiples où la réponse sera facilitée, notamment grâce à des supports imagés.
Par exemple, la question ci-dessus : « est-ce qu’un poisson vit dans l’eau ou dans les arbres? » sera travaillable avec une image au départ, avant d’être comprise uniquement en intraverbal un jour. En effet, même sans image nous sommes capables d’y répondre correctement, de même qu’à d’autres questions du type : « est-ce que l’herbe c’est vert ou c’est rose? », « est-ce qu’une pomme, c’est pour s’habiller ou c’est pour manger? », « est ce qu’une télévision est ronde ou rectangulaire? » etc …

L’enjeu autour des questions à choix multiple est donc important à plusieurs niveaux, comme expliqué précedemment.

On commencera donc par des questions sur images, où on montre des éléments et où on demande :

  • « Est-ce que c’est un chien ou une vache ? »
  • « Ca, c’est rouge ou c’est bleu ? »
  • « Là, le garçon, il dort ou il mange ? »

Pour ensuite « gagner en abstraction » en sollicitant une pensée conceptuelle qui permettra de répondre à des questions du type : « est-ce qu’un chien miaule, glousse ou aboie? »

 

Quelques taches préparatoires en amont

Pour vous assurez du bon déroulement de la suite, il faut que votre élève sache repérer des éléments dans une scène complexe. Ca faisait longtemps que je n’avais pas travaillé cela avec les enfants du cabinet et j’ai eu de grosses (mauvaises) surprises : beaucoup ont eu des difficultés à retrouver des éléments dans une scène ;-(

J’ai préparé des supports « spécial été » mais compte-tenues des incivilités (vols de droits d’auteur) récurrentes, je ne distribue plus les PDF de travail, en dehors des personnes que j’accompagne.

Variante 1 : Montrer le même item
J’ai repris des consignes avec des pictogrammes pour faire de l’appariement semblable non identique mêlé à de la verbalisation. On a travaillé sur des supports différents ensuite et l’élève devait me montrer l’élément que je lui demandais, et ce même si il n’y avait plus de pictogrammes pour l’aider.

« Le short » et l’enfant pointe le short sur l’image colorée.

Variante 2 : Sélectionner les pictos d’items que l’on voit dans la grande image
Une autre manière de travailler a été d’étaler plein de pictos et l’enfant devait sélectionner dans son plateau tous les éléments qu’il voyait sur l’image et devait laisser les autres éléments sur la table. Je demandais également à ce qu’il verbalise « je vois une pomme », « c’est une fenêtre », …

Variante 3 : Répondre oui / non
On peut également proposer en montrant les pictos « est ce qu’il y a une fille dans l’image? » et l’enfant prend l’image et verbalise/oralise : « oui, il y a une fille dans l’image » et il prend votre picto pour le mettre sur son plateau.

Là, je demande « est-ce que tu vois une fille? » et A. me pointe (on voit sa main qui se dirige vers la fille pour la pointer, et il répond « oui, il y a une fille » et il prend mon picto pour le poser sur le plateau.

Variante 4 : A l’écrit
Pour les non-scripteurs : les enfants doivent entourer/barrer les items qui sont / ne sont pas sur les scènes en images. Les pictos sont très gros pour permettre aux enfants avec des problèmes de motricité fine de « viser » quand même le bon picto.

Voici un exemple de support que vous pouvez construire pour créer des exercices

Travail du choix entre les deux propositions

J’ai développé 2 étapes pour le travail de cette notion.
En résumé, il s’agit tout d’abord de faire correspondre une consigne oralisée avec un picto pour ensuite que l’enfant repère et répète la consigne. Il s’habituera donc à faire matcher auditif+visuel, ce qui lui permettra de faire plus facilement la seconde étape, qui consistera à choisir entre deux pictogrammes la réponse correcte. Cette dernière étape permet à l’élève de rendre tangible un choix qu’il devra faire uniquement mentalement par la suite dans une consigne du type « est-ce que c’est une pomme ou une glace? »

Comme expliqué plus haut : « ce type de question qui pourtant nous parait simple, l’enfant doit 1) identifier que c’est une question, 2) il doit bien écouter les termes, 3) il doit mémoriser pour ensuite 4) choisir, et 5) verbaliser le bonne proposition parmi les 2 (voire plus) propositions que vous venez d’énoncer, et le tout mentalement !!! »

[Compte tenus des derniers évènements, je ne donne plus les PDF en dehors des personnes que je supervise/je connais. Vous pouvez cependant les fabriquer facilement, je vous explique le principe ci-dessous.)
Pour ceux qui travaillent avec moi, les détails de l’utilisation de ce support sont expliqués dans le PDF]

Mise en place et organisation

Il va falloir être très vigilant à ce que les propositions correctes se trouvent autant de fois à gauche qu’à droite et coter pour savoir si l’enfant obtient des réponses correctes bien supérieures au hasard (donc bien supérieure à 50%)

Donc, je vous conseille d’avoir une organisation un peu miliaire : avoir exactement les mêmes couples mais inversés (pour éviter que l’emplacement soit faussement un indice) et que sur certaines images ce soit la pomme qui soit la bonne réponse et sur d’autres ce soit la glace (pour éviter que l’enfant apprenne par coeur un stimulus comme étant toujours la réponse correcte).

 

Utilisation des pictos à l’unité

Avant même de prendre ces images par couples, comme mon élève était vraiment en difficulté, j’ai opté pour une structuration de l’espace de travail très précise !

 

Remarques sur mon élève : c’est un enfant qui connait tres tres bien tout ce vocabulaire mais par contre, il ne comprend pas une question du type « c’est un XXXX ou un YYYY? ». Le plus souvent, il me répond par les deux propositions « c’est un garçon et un nounours » ou alors, il me choisit la première proposition, en l’occurrence « c’est un garçon »

J’ai donc structuré ainsi :

— Une grande image couleur et un espace précis où il ne pourra poser qu’UN SEUL pictogramme (le carré noir dans le plateau bleu).
— Je lui mets deux propositions et je demande « est-ce que c’est un garçon ou c’est un nounours? » et là, je le guide pour qu’il prenne uniquement le garçon et le pose sur le carré.
— Dans mes deux propositions, il y a une correcte et une qui n’existe pas dans l’image du tout (il n’y a pas de nounours dans cette scène!)
— j’ai fait en sorte de présenter autant de fois la cible à gauche qu’à droite.

Voici une petite grille improvisée rapidement :

Belle progression sur une seule séance, j’ai hate de voir ce que ca donne la prochaine fois 😉

Utilisation des pictos en duo

Par exemple, ci-dessous, je pointe un nuage sur la grande image colorée et demande « est-ce que c’est une étoile ou un nuage? » et l’enfant doit suivre avec ses yeux les propositions sur la cartelette et pointer le bon en disant « c’est un nuage ». Il y a dans les cartelettes exactement le même duo mais inversé (en l’occurrence, une nuage cette fois placé à gauche et l’étoile qui elle est passée à droite.)

Cette étape permet de faire prendre conscience à l’enfant qu’il ne faut pas répéter les deux propositions, qu’il faut en choisir une et qu’il ne faut pas toujours choisir la première, ni la dernière mais que la sélection de la réponse doit dépendre de ce qui est énoncé.
Les cartelettes vous assurent d’avoir la même proportion de bonne réponse à droite et à gauche (vous prenez toujours autant de cartes de la série A que de la série B) et vous permettent de vous assurer qu’il n’y a pas de mauvaise réponse (à part l’item « bottes » que j’ai mis exprès pour vérifier et qui n’est jamais une réponse correcte, quelque soit la scène choisie)

 

Conclusion

Maîtriser « répondre à des questions à choix multiples » n’est pas une compétence valorisée dans les curriculums ou les éval traditionnelles mais je trouve cette compétence essentielle. Cette étape complète le jalon J11F avec la capacité à répondre à des questions en oui/non car ces deux compétences semblent très liés.
Répondre à des questions à choix permettra également d’accéder à une demande à choix multiple qu’on utilise très souvent dans le quotidien, du type : « tu veux une glace au chocolat, à la vanille ou à la fraise? » qui est, encore une fois, parait facile mais est vraiment complexe à traiter…

 

Si vous avez des remarques ou idées sur des procédures pour l’enseignement de cette compétence, vous pouvez me laisser un p’tit com !