Publié dans Apport théorique, Langage

Les champs lexicaux et les RAFCC

« Mathilde enfile vite son maillot de bain et saute dans le grand bassin turquoise ».
A la lecture de cette phrase, vous pouvez induire directement au moins 2 éléments : qu’il doit s’agir d’une fille et qu’elle se trouve à la piscine, alors que ces deux termes n’apparaissent pas dans la phrase.
Plus une personne aura du vocabulaire, mieux elle comprendra les autres : la formation de champs lexicaux et de RAFCC sont nécessaires par exemple pour faire des inférences comme dans l’énoncé ci-dessus.

Sans cette capacité minimale à lire entre les lignes, il sera difficile de se représenter et de comprendre un énoncé, qu’il soit écrit ou entendu, car dans la plupart des récits interviennent des informations induites, qu’il faudra que l’auditeur (ou le lecteur!) devine grâce à sa « culture générale ».

On sait également que la mémoire fonctionne en réseau : il sera plus facile de retenir un mot si on peut le relier à un ensemble déjà existant que si il est isolé.

En apprenant des classes de stimuli, l’enfant apprend que des mots différents entretiennent des relations : « chat, tigre, poisson » sont regroupés sous un même mot « animaux ».

Cette organisation favorise :

  • la généralisation ;
  • les intraverbaux ;
  • les réponses de catégorisation ;
  • la compréhension de récits ;
  • le développement des inférences.

J’aime beaucoup travailler sur les RA FCC car ces enseignements vont permettre d’augmenter la compréhension de l’élève, brique par brique, petit à petit… Si la progression est bien faite, normalement, ces enseignements sont exponentiels car viennent alimenter un système interdépendant de concepts qui entretiennent entre eux des relations.
Vous trouverez des articles sur ce site qui traitent séparément des fonctions, des caractéristiques, des parties, etc… en tapant le mot-clef dans le moteur de recherche du site car AVANT de travailler sur tous ces éléments mixés, il faudra les travailler de manière isolée.

Ici, nous allons traiter des RA et RAFCC en général et en transversal. Il y aurait beaucoup beaucoup à dire et à hiérarchiser mais voici une petite introduction.

Petit point théorique RA et RAFCC

Mais, qu’est-ce que les RA?

Parmi les opérants verbaux, il existe ce qu’on appelle des « RA », initiales qui signifient « Réponse de l’Auditeur ».
Une « réponse de l’auditeur », en résumé, cela veut dire que l’enfant répond à quelque chose qu’il a entendu, c’est-à-dire, en gros, qu’il a « compris ».

Par exemple :
–>  « assis-toi » et l’enfant pose ses fesses sur une chaise  –> c’est un RA : l’enfant a entendu la consigne et il fait la réponse « s’asseoir ».
On pourrait dire qu’il a « compris » mais si on veut être très précis, et ne pas interpréter, on ne sait pas trop ce qu’il a « compris réellement », la seule chose qu’on peut dire c’est « quand on dit assis-toi », il pose ses fesses sur une chaise ».

–> « montre moi la tasse » et l’enfant montre la tasse –> c’est un RA : l’enfant a entendu et répond le fait de montrer une tasse.

Personnellement, je conseille d’avoir acquis 200 mots « RA » dont une 60 aine de verbes; et une 20 aine d’adjectifs simples (couleurs, formes, tailles) avant de commencer le développement des RAFCC en tant que tel.

Du coup, qu’est-ce que les RAFCC ?

Les RAFCC sont des RA mais cette fois, les réponses vont porter sur des :

  • F : Fonctions
  • C : Caractéristiques
  • C : Classes / catégorie.

C’est-à-dire, en quelque sorte, qu’au lieu de dire le nom de l’objet, on va faire des périphrases : « quelque chose pour boire » ou « un véhicule » ou « quelque chose qui a une poignée » etc …

Cette fois donc, il va s’agir pour l’enfant de répondre à des consignes du type :
–> « donne moi un animal » (dans un lot avec des catégories différentes animaux et des non animaux, par exemple des meubles, vêtements, etc.)
–> « rapporte moi quelque chose pour couper »(l’enfant devra trouver dans son environnement quelque chose qui répond à cette fonction)
–> « où est ton pantalon marron? » (alors qu’il y a plein de vêtements différents de couleur marron et également d’autres couleurs (caractéristiques))
–> « lequel a des boutons » et l’enfant devra sélectionner une image de chemise, une télécommande (et un visage d’ados ;-)), les parties sont des caractéristiques

Bref, ces discriminations sont évidement plus complexes que les RA « simples », ils n’apparaissent d’ailleurs qu’à partir du niveau 2 du vbmapp.
L’enfant doit avoir une certaine « culture générale » et avoir du vocabulaire de catégories, de caractéristiques, de fonctions, de parties, de lieux, d’adjectifs, d’adverbes, etc.

 

Les PDF Tasolutionautisme
Pour faire passer les éval’

Avec Caroline de Tasol, nous avons bien travaillé sur ces consignes.
Ces dernières ne sont pas évidentes à organiser en consignes car il faut à chaque fois qu’il y ait plusieurs possibilités de réponses.
Pour demander « montre moi la tasse bleue », il faut obligatoirement qu’il y ait une tasse d’une autre couleur mais aussi un autre article bleu et qui ne soit pas une tasse.

Les scènes ont donc été très travaillées afin que tous les éléments graphiques soient présents et qu’on ne surcote pas artificiellement un jalon.

A propos des cotations :

Dans le vbmapp, on a les jalons RA en niveau 1, niveau 2 et niveau 3.
Pour les RA FCC, ils apparaissent qu’au niveau 2 (c’est-à-dire à un âge développemental qui commence à 18 mois) et au niveau 3.

Dans le PDF de Tasol, vous trouverez donc les jalons RAFCC niveau 2 et RAFCC niveau 3 dans deux PDF différents. D’autres suivront, à coup sur !

Différentes applications pour le PDF sur les RAFCC niveau 2:

Dans ce PDF, vous trouverez des cartes avec des champs contenant un certain nombre d’items (qui répondent aux besoins de la passation).
En fonction du jalon, le champ doit varier : on a donc des ensembles de 5 items, de 8 items ou de 10 items selon ce qu’on doit évaluer.
Ces cartes sont fournies avec des cartes consignes qui vous permettent de faire passer votre évaluation facilement sans vous creuser la tête….

En revanche, les cartes illustrées peuvent être utilisées pour d’autres jalons ou ces mêmes jalons mais avec d’autres consignes et je les trouve bien pratiques pour les détourner pour d’autres usages dans la mesure où vous avez des « lots d’items » déjà faits.

Si vous avez un peu l’habitude, vous pouvez présenter une carte et faire varier les consignes orales données à l’enfant en fonction de vos cibles du moment.

Par exemple, pour le lot de cartes du jalon 6 où il y a 5 items et où normalement l’élève doit pointer un exemplaire qui se boit ou se mange, vous pouvez travailler une toute autre compétence comme par exemple lui demander :
-> pour l’image 1 : montre moi quelque chose qui va avec le yaourt, quelque chose qui se taille, quelque chose en métal, ou encore : qui est liquide, qui a des poils, qui peut se brancher, qui sert à écrire, qui peut se renverser, qui fait wouaf wouaf…

et ainsi de suite pour toutes les images avec les lots d’items déjà formés.

 

Différentes applications pour le PDF sur les RAFCC niveau 3:

Ce PDF est la suite du premier !

Je me suis aperçue en faisant passer les jalons que beaucoup d’enfants étaient en difficulté non pas pour sélectionner le bon item mais tout simplement pour le retrouver dans l’image !!!
Je fais rarement des exercices où il faut retrouver des éléments dans une scène et me suis aperçue que ce n’était pas du luxe pour la plupart ! 😉

Donc, petit exercice préliminaire avec cet enfant pour qu’il me pointe, tout simplement, des RA « secs ». C’est-à-dire par exemple  ; « montre-moi le bébé », « où est l’horloge ? », « montre moi la table ». Bref, des éléments simples qui sont en un seul exemplaire sur l’image. Ca a été vite car il connait tout ce vocabulaire mais il fallait qu’il se ré habitue à chercher !

Mon ado doit juste pointer l’élément avec son doigt. L’objectif ici est préparatoire : rechercher dans une scène des petits éléments bien spécifiques.

Afin de continuer à travailler le repérage des objets, pour mes enfants lecteurs, j’ai préparé une petite liste de mots à cocher.
Là encore, ce sont des items SANS FCC, uniquement des éléments à retrouver et à cocher une fois qu’on les a repéré. On travaille donc les fonctions exécutives, le repérage spatial, le vocabulaire évidement ainsi que le fait de pouvoir « sauter » une coche si on n’a pas trouvé l’élément demandé.

J’aime beaucoup travailler celà :
— L’enfant lit le mot, le pointe sur l’image puis coche sa case et enchaine avec le mot suivant,
— En revanche, si il ne trouve pas l’élément ou ne connait pas ce mot, il doit entourer la case et/ou la sauter et s’en désintéresser pour continuer la tache et chercher le mot d’après.
A la fin de l’activité, on vérifie tout et surtout, on apprend les mots inconnus !

Vous trouverez le PDF noir et blanc en cliquant sur l’image : (évidement, si vous n’avez pas l’image de Tasol, ca sert à rien !) Perso, je les imprime toujours en 2 pages par feuille (voire même en 4 pages par feuille) mais j’aime les créer en pleine page car si il y a des enfants avec des gros troubles moteurs, on peut les imprimer en grand et les faire tamponner plutôt qu’écrire pour sélectionner !

Enfin, on pourra travailler sur le support en tant que tel : les RAFCC !
Dans ce document, toutes les consignes RAFCC sont mélangées, elles doivent donc avoir été travaillées en amont une par une par séries. Ce document doit vous servir en dernière étape, uniquement pour passer à l’étape des questions mixées. Si vous voyez que certains questions ne passent pas avec votre élève, retravaillez séparément la notion qui coince !

Le questionnaire est tout moche car il s’agit des premiers brouillons sur lesquels on a fait beaucoup de retouches 🙂

Les supports papier

Voici, un peu en vrac, des supports PDF de différents niveaux avec des champs lexicaux et évocations …
C’est clairement pour les élèves plus avancés, j’avais fait ces documents pour 2 enfants du cabinet mais ça peut toujours servir !

Sélectionner ce qui se rapporte à l’illustration :

Repérer tout ce qui peut évoquer le mot entouré :

Dans l’exercice suivant, il y a des mots et des étiquettes « champ lexical » à coller.
Vous pouvez retirer les distracteurs si l’exercice vous semble trop complexe mais normalement, si vous faites l’exercice sur papier, c’est que vous vous êtes déjà beaucoup entrainé à l’oral ou en tri d’images.

Enfin, la tache qui me semble ici la plus complexe est « Parle-moi de … » à l’écrit où l’élève devra écrire jusqu’à 8 choses que lui évoque l’illustration. C’est un exercice très intéressant pour inviter l’enfant à trouver le plus d’éléments possibles

Si vous avez des remarques, n’hésitez pas !!  🙂

Publié dans Adaptations et critiques de jeux, flexibilité cognitive, Fonctions exécutives, Langage oral, Lexique - vocabulaire, Phonologie - lecture

Qui se ressemble, s’assemble !

Petit jeu de cartes de chez Imag’Inès.

Le but est de trouver un critère en commun pour se débarrasser de ses cartes. Il y a 96 cartes avec deux photos d’items différents et également 16 cartes consignes.
Même si les auteures donnent une règle, à partir de ce matériel, on peut créer plein de possibilités de jeux.

Avec mes enfants, comme toujours, j’adapte la difficulté.

 

Avec la plupart des enfants, j’utilise uniquement les cartes avec photos : j’en place 8 et on tente de faire des couples de cartes en annonçant le commun entre les deux. Pour les enfants plus âgés, on peut augmenter la complexité en réduisant le nombre de cartes.

  • « poule et chien » ce sont des animaux
  • « brosse et sèche-cheveux » car ça se trouve dans la salle de bain
  • « aspirateur et rollers » car ils ont des roues
  • « sèche-cheveux et aspirateur » car ça se branche
  • « transat et jupe » car c’est en tissu
  • « patates et poisson » parce que ça commence par P
  • « lapin et ourson » parce qu’ils ont des poils, …

C’est assez amusant car quand j’y joue, les enfants reprennent souvent le même critère, celui de « animaux » mais à force de m’entendre ouvrir le champ des associations possibles, par exemple, par matières, par couleurs, par fonctions, ils glissent tout doucement vers d’autres combinaisons sans que je ne dise rien ! Super chouette …

Selon l’utilisation du jeu, on peut travailler des choses différentes. C’est un petit jeu transversal qu’il est bien d’avoir dans sa mallette de travail quelque soient les enfants dont on s’occupe!  Je suis très contente de posséder ce basique !

Publié dans Langage oral, Lexique - vocabulaire

La fonction des objets

La fonction des objets permet de relier des noms à des verbes. C’est à travailler quand l’enfant a un bon lexique de noms et quand apparaissent les verbes d’action.


Pour une meilleure compréhension de la consigne j’utilise avec les enfants une formule à compléter du type:  » un X c’est pour ……? ». Cette formule est plus facile à comprendre que la question « à quoi sert X? » qui sera introduite ultérieurement.

Voici des cartes avec des objets quotidiens qui peuvent être associés à des verbes simples : 

Cartelettes crées à partir des (superbes) illustrations ARASAAC.

Pour mes collègues psy : Cet enseignement fait notamment partie de l’évaluation du VB-mapp et de l’ABLLS-R et ces cartes peuvent être utilisées évidemment à l’oral en « pense-bête » par un bilanteur.
Dans le VB-MAPP, cela fait partie de « Réponses de l’Auditeur par Fonction, Caractéristique et Catégorie » (RAFCC) qui apparait au niveau 2. Je précise que si ces cartes ont été utilisées en enseignement, il est nécessaire de varier le support pour procéder à l’évaluation …

Comme pour le reste, on peut/doit travailler cette notion dans tous les sens !
– en triant les objets par fonction
– en réceptif: « donne-moi quelque chose avec lequel tu écris » –> l’enfant donne un stylo
– en expressif : « Qu’est ce qu’on peut conduire? » –> l’enfant dit « voiture »
– en intraverbal : sans support visuel
– et même en textuel et transcriptif si l’enfant en a les compétences.

 

Un exercices ci-dessous avec des illustrations (pas de moi mais d’ARASAAC) où l’enfant doit coller / écrire (à vous de choisir selon le niveau de l’enfant) la fonction des objets.

Un autre document, avec des fonctions à relier à des objets, idéal pour mettre dans une BàE en l’imprimant en format 4 pages par feuille :

 
Enfin, ce dernier PDF peut être travaillé soit en textuel, soit en transcriptif avec intraverbal.
 
Ci-dessous, un enfant doit lire la consigne « quelque chose qu’on utiliser pour … » et il doit rechercher parmi les étiquettes disponibles une qui pourrait correspondre. Parmi ces étiquettes, il y a de nombreux mots qu’il ne connait pas, peu importe, il se met à chercher des mots qu’il connait. 
 
 
Pour obtenir d’autres articles sur le sujet, pensez à taper les mots-clefs (ici : RAFCC) dans le moteur de recherche du site !!

Publié dans Adaptations et critiques de jeux

Tricogito Objets

Voici un jeu assez récent de chez Cit’inspir Éditions (34€). Il existe pour l’instant 2 versions : une sur les animaux et une sur les objets.

Pour une fois qu’un jeu porte sur les objets du quotidien, j’ai sauté dessus !! Quel plaisir de voir représentés des objets dans leurs formes actuelles! Finis les téléphones avec cadrans à tourner, les télévisions cathodiques et autres canapés à grosses fleurs avec les volants : ici, les enfants reconnaissent ce qu’ils voient au quotidien !  

Il se présente comme un jeu de Lectri : des triangles à agencer côte à côte en fonction des indices stipulés.

Le jeu comprend des triangles avec une photo d’objets et des triangles avec des phrases. 
Les triangles-phrases ont deux faces : une sur fond bleu avec des phrases courtes affirmatives ou négatives, et l’autre face sur fond blanc avec des phrases longues et complexes avec des doubles négations et inférences.

Globalement c’est un jeu intéressant : une jolie qualité de carton, des visuels avec des photos sur fonds blancs et épurés.
Je n’ai jamais utilisé le côté avec les textes sur fonds blancs pour l’instant alors je ne peux pas trop me prononcer dessus.

Exemple d’une partie en cours


Les phrases à fonds bleus sont variées, elles font référence à l’endroit où l’objet peut être trouvé dans la maison, à ses caractéristiques, à sa fonction, à ses propriétés, etc, …
Le seul HIC est lié à la population avec laquelle je travaille : les personnes avec autisme. Les formulations avec le verbe être : « je suis un …bla-bla-bla » met évidement en difficulté et il aurait été préférable de le remplacer par « c’est un objet qui …. ».  en tous cas, par la population d’enfants avec lesquels je travaille !


En dehors de ce « détail », ce matériel est vraiment sympa! Les enfants l’apprécient beaucoup …